VOUS PORTEZ UN INSTANT DEUX MOI

English Version

 Part I : Quand Jordane me porte


Bonjour à tous.

D’abord j’espère que vous vous portez bien et que vous avez passé un bon week-end.

L’article d’aujourd’hui inaugure une rubrique un peu particulière dans laquelle il n’y a aura que des pièces crées avec mes propres tissus et donc mes propres imprimés.

C’est important pour moi de proposer quelque chose qui est dans la continuité de ma démarche artistique et qui traduit mon approche au monde, donc, le récit de ce qui m’entoure.

J’ai l’impression que dans le domaine de la mode il y a deux sortes de créateurs et créatrices.

Il y a celles et ceux qui pensent le vêtement en terme de coupe, matière, adaptabilité aux corps et fonctionnalité bien qu’ils ou elles s’inspirent de leurs environnement et il y a les personnes pour qui la mode est d’abord et avant tout le récit de leurs approches au monde, un dialogue de la dualité qui se raconte en elles.

Je me reconnais dans cette deuxième catégorie de personne et c’est sans doute pour cette raison que j’aime le travail de certains designers comme Elsa Schiaparelli dont j’ai parlé dernièrement Nsqol ou Alexander Mc Queen dont je parlerai prochainement.

Créer, pour moi est une manière de rencontrer cet aspect de ma personne qui est là, tapit dans l’ombre et qui influe sur ma vie. Créer est également une manière de tomber amoureuse de mes blessures invisibles et de leur construire un espace de récit.

J’ai besoin de donner sens aux choses que je vois pour ne pas sombrer. J’ai besoin de tamiser du bon dans ce que je perçois comme une contrainte et de prendre conscience que la contrainte est un cadeau que la vie me fait.

C’est tout ça que je raconte, recrée plastiquement, artistiquement.

En moi cohabite deux personnes, Nafissath Abdoulaye l’artiste, la photographe et peintre qui vit dans un corps banalement atypique (car je ne suis pas la seule personne malade et en fauteuil au monde) et Owolabi qui est mon prénom Yoruba, qui elle est sensible à la mode, qu’elle perçoit comme un dialogue silencieux entre nous et les autres.

Quand je sors je me déplace en fauteuil donc ça change complètement ma perception de mon environnement car tout est encore plus question de point vue de manière tangible.

Tout me parait gigantesque lorsque je lève la tête quand je roule et j’ai souvent la sensation que les immeubles roulent soit à coté de moi en m’encerclant parfois, soit qu’ils vont tomber sur moi.

Si je regarde le sol  il est comme un tapis roulant pleins d’embuches dont les formes sont étonnantes et intéressantes comme pour détourner mon attention de la dangerosité de ce qu’ils sont, c’est à dire des embuscades qui limitent mon accessibilité et que je dois franchir à tous prix pour pouvoir avancer.

Vous comprenez donc que l’extérieur devient une sorte de labyrinthe jonché de quelques immeubles qui surgissent de ci et de là et que je dois apprendre à en sortir pour me rendre à un endroit où je voulais aller.

Pendant longtemps j’ai vécu tout ceci comme une contrainte, une douleur, une injustice et un jour j’ai été forcée d’apprendre à porter un autre regard sur mon environnement.

Alors que je me rendais en cours, mon fauteuil s’est coincé dans les railles du tramway et je ne pouvais plus avancer car ça a cassé une partie du moteur.

En attendant sous la pluie l’arrivée du technicien, j’ai commencé à intérioriser ma colère, à la dominer pour ne pas insulter toutes les personnes qui passaient à coté, me regardaient comme une bête curieuse (voire certains s’arrêtaient juste par curiosité et ne me proposaient pas d’aide (mais d’autres l’ont fait quand même) et j’ai donc commencé à focaliser mon attention sur d’autres choses, donc les immeubles qui m’entouraient.

À force de gesticuler d’impatience sur mon fauteuil j’ai commencé à voir les immeubles sous différents angles et à percevoir la poésie de ces bâtiments dont on a l’impression qu’ils sont la continuité des nuages, voire qu’ils descendent des nuages.

On ne relève plus ce paysage architectural pourtant c’est digne d’intérêt et riche d’enseignement.

J’ai aussi à ce moment là, commencé à lire l’extérieur comme un circuit électronique dont la finalité serait d’arriver à bon port en empruntant différentes voies tout en ayant conscience que ce serait laborieux et que justement c’est là que le défi est intéressant.

Dans chaque endroit où je me rends avec difficulté (autant dire quasi partout dehors) je m’impose de prendre des photos de choses que je trouve belles, intéressantes, dérangeantes parfois, angoissantes, stimulantes et ça me permet à la fin d’une journée d’en tamiser des choses bonnes et qui sont aussi constructives.

C’est important pour moi de fonctionner ainsi, pour ne pas me noyer dans l’insatisfaction permanente que mon corps génère, même s’il n’est pas directement responsable du fait qu’il n’y ai pas beaucoup d’efforts faits pour l’accessibilité.

Du coup, quand je repasse par un endroit un peu chiant en fauteuil je finis par l’aimer d’une manière ou d’une autre en adoptant cette attitude qui me permet de transformer ma frustration en quelque chose de positif.

Même, lorsque le temps est grisâtre, que les immeubles semblent ternes et que ça confère quelque chose de triste au paysage j’aime la palette de gris que je perçois à ce moment là.

Au fil des années j’ai appris à cohabiter avec mon environnement et à moins le voir comme quelque chose d’hostile, une entrave à ma liberté de circuler.

C’est donc en partant de cette rencontre entre l’extérieur et mon corps roulant que j’ai tenté de traduire plastiquement ce que je perçois et surtout la multitude d’émotions qui se bousculent en moi.

Au détour d’une rue je perçois un immeuble très coloré mais je ne peux l’atteindre car il n’est pas accessible en fauteuil. Hé bien tant pis car au final j’en tire néanmoins quelque chose de joli visuellement.

Voila pourquoi je dis que VOUS PORTEZ UN INSTANT DE MOI  parce-que j’aime l’idée que lorsqu’une personne porte une pièce avec l’une de mes créations plastique, la complexité des formes, de la couleur, de la matière, des motifs, interpelle et suspend le regard des gens qui l’observent et que ces derniers se disent que l’imprimé est atypique tout comme celles qui achètent d’ailleurs une pièce Nsqol. Je dirais donc qu’à ce moment précis vous vivez et ressentez cet état de suspension que j’expérimente quotidiennement.

Même si les gens ne le savent pas, je me dis qu’ils ont été happés, interpellés et qu’ils ont ne serait-ce qu’une fraction de seconde été moi dans mes ressentis et dans ma perception de mon environnement.

Ce que je trouve intéressant dans la création c’est que ça construit (sans qu’on s’en rende compte) une communauté de personnes qui ont les mêmes sensibilités sans forcément en avoir conscience.

Quand je montre mon travail à mon entourage j’apprends toujours beaucoup des personnes en relevant vers quels imprimés ils sont le plus attirés.

Elles me racontent alors ce que je rate et que je ne vois pas d’elles et qui est là dans l’invisibilité de leur subconscient.

Celles qui portent un instant de moi me donnent aussi un peu d’elles implicitement et ça fait se sentir moins seule.

Oui je travaille avec toute cette lecture en tête sans pour autant nier la part instinctive qui est en moi et me permet d’être surprise par le résultat d’un imprimé que je crée.

Les pièces que je vais donc publier dans cette catégorie s’articulent autour de toute cette approche à mon corps et tout ce qui l’entoure.

Peut-être que pour vous ce n’est pas nécessaire d’avoir autant de détails sur ma démarche artistique, mais pour moi c’est important de raconter la genèse de ce que je construis aujourd’hui autour de mon univers de créatrice de mode.

Maintenant passons à l’une de mes créations 100% Nsqol.

J’ai fait porter la même tenue à mes deux modèles Fayçalath, ma sœur, Pictures by Nafissath Abdoulaye et Jordane N'sqol stylist - Jordane model que je ne vous présente plus.

Cette tenue est composée d’une jupe crayon avec un de mes imprimés qui s’inspirent des immeubles et de l’idée du circuit électronique

et d’un haut réalisé avec un tissu wax que j’avais dans mon armoire et que j’ai déjà utilisé pour cette maxi jupe que Jordane porte ici N'sqol - Etre ou ne pas être et cette jupe patineuse portée par Façalath ici Pictures by Nafissath Abdoulaye ; Model: Fayçalath.

Ce look print on print qui est un style que j’aime beaucoup dans la mode est donc portée par Jordane dont les courbes apportent un rendu un peu pin-up néo-rétro. J’ai composé quelque chose qui pioche dans le présent et le passé en y ajoutant une touche de wax et c’est un peu mon idiosyncrasie (mon obsession en somme) à moi en mode parce-que le wax a une force visuelle dont je ne me lasserai jamais.

Création et stylisme par N’sqol/Design & stylism by N’sqol ; Vêtements portés par le modèle Jordane/Clothing worn by the model Jordane

J’aime toujours être dans ce balancement passé/présent car regarder en arrière permet toujours de savoir d’où l’on part pour prendre conscience qu’on avance.

Création et stylisme par N’sqol/Design & stylism by N’sqol ; Vêtements portés par le modèle Jordane/Clothing worn by the model Jordane

L’accessoirisation est dans la continuité de ma démarche.

Un sac en cuir années 30 trouvé dans un vide grenier, un chapeau bleu canard en laine acheté rayon Zara homme il y a quelques années et une paire d’escarpins achetées chez bon prix viennent finir le look.

Création et stylisme par N’sqol/Design & stylism by N’sqol ; Vêtements portés par le modèle Jordane/Clothing worn by the model Jordane

La 2ème version met vraiment plus l’accent sur la jupe comme vous pouvez le voir. Le top en Néoprène blanc révèle encore plus le motif de la jupe.

Picture by Nafissath Abdoulaye ; Model: Jordane
Picture by Nafissath Abdoulaye ; Model: Jordane

La ligne est plus épurée et l’allure générale exprime une certaine assurance mais une certaine rigidité quand même. C’est une tenue que je mettrais pour aller au travail si je bossais dans une agence de communication.

Ce look a été pris à deux moments différents.

La première fois c’était dans la soirée et c’était une séance improvisée car il y avait une ambiance particulière dans mon salon.

Fay était de passage pour me prêter son corps pour des photos en vue de futurs articles (donc celui d’aujourd’hui et de demain) et j’en ai profité pour shooter d’autres tenues pour l’article Mon Alice au pays des merveilles que vous pouvez (re)lire ici Pictures by Nafissath Abdoulaye ; Model: Fayçalath si vous l’avez raté.

Dans l’article je disais que nous n’étions pas l’une et l’autre en forme ce jour là et etc…

C’était donc une ambiance mélancolique et poétique à la fois et j’ai profité du passage de Jordane chez moi pour improviser cette séance.

Création et stylisme par N’sqol/Design & stylism by N’sqol ; Vêtements portés par le modèle Jordane/Clothing worn by the model Jordane

Le lendemain je lui ai demandé de me « reprêter » son corps pour avoir la même chose que ce que j’avais fait avec Fay la veille.

Création et stylisme par N’sqol/Design & stylism by N’sqol ; Vêtements portés par le modèle Jordane/Clothing worn by the model Jordane

Dans les deux versions j’ai construit l’image d’une femme qui s’assume et qui n’a pas peur qu’on la voit. Elle fait preuve d’élégance, de modernité et d’audace en étant un peu séductrice sans en faire trop.

Je vous laisse donc avec cette première partie d’une tenue avec une pièce aux imprimés réalisés par moi. C’est important pour moi de montrer l’évolution de mon travail, j’espère donc que vous avez aimé.

Rdv demain pour la suite avec Fay qui porte aussi la même jupe et en voici un petit avant-gout.
Picture by Nafissath Abdoulaye ; Model: Fayçalath

Merci d’avoir pris la peine de lire ce trèèèèèèèèèèèès long article.

Je vous embrasse et à demain.

D’ici là PRENEZ SOIN DE VOUS.

 

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Pictures by Nafissath Abdoulaye

Design & stylism by N’sqol

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